Tout-Paris

Le Tout-Paris sert à désigner, à Paris, les personnalités en vue d'une époque qui ont pour habitude de se rendre dans les manifestations mondaines de la capitale ou de fréquenter les lieux à la mode.



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Groupe social - Paris au XIXe siècle

À la Belle Époque, le Tout-Paris se retrouve souvent aux champs de course (Édouard Manet, Courses au Bois de Boulogne, 1872)

Le Tout-Paris sert à désigner, à Paris, les personnalités en vue d'une époque qui ont pour habitude de se rendre dans les manifestations mondaines de la capitale ou de fréquenter les lieux à la mode.

Rassemblement informel de personnalités plus ou moins célèbres, le Tout-Paris peut être comparé à une cour royale où l'espace mondain ne serait plus le palais mais les lieux de luxe et de divertissement.

Histoire

L'expression tout Paris est fréquemment employée au XVIIe siècle pour désigner la totalité des habitants de Paris. Elle est utilisée en 1660 par Boileau dans ses Satires pour évoquer les personnalités qui comptent dans la capitale, surtout avec la célèbre phrase : «En vain contre le Cid un ministre se ligue - Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue» [1]. Voltaire et d'Alembert reprendront cet usage dans leur correspondance.

L'expression tout Paris va prendre son sens moderne deux siècles plus tard. L'historienne Anne Martin-Fugier [2] date en effet la naissance du «monde parisien» du début du XIXe siècle, lorsque les élites non aristocratiques, qui jouent désormais un rôle de premier plan dans la société, ont constitué une nouvelle mondanité.

Composée alors d'écrivains, d'hommes politiques, de grands banquiers et d'artistes, cette communauté fréquente les beaux quartiers, se montre au théâtre et dans les réceptions des ambassades. Elle incarne aussi une certaine idée du bon goût parisien lorsqu'elle se déplace sur les champs de course et dans les nouvelles stations balnéaires, où ses apparitions sont remarquées. Un article du Gaulois, du 24 août 1895, intitulé «Mondanités : Paris hors Paris», annonce mais aussi Camille Saint-Saëns vient d'arriver à Dieppe et détaille la liste des personnalités parisiennes présentes dans la ville : «C'est tout Paris, comme on le verra : comte et comtesse Louis de Talleyrand-Périgord, M. Josselin de Rohan, Mme Madeleine Lemaire, M. Marcel Proust et M. Reynaldo Hahn, qui sont les hôtes de l'éminente artiste.»

Évoquant l'année 1841, Baudelaire voit en particulier dans le tout Paris des passionnés de littérature et de poésie : «Dans ce temps-là, le tout Paris se composait de cette élite d'hommes chargés de façonner l'opinion des autres, et qui, lorsque un poète vient à naître, en sont toujours avertis les premiers» [3].

Au cours de la Belle Epoque, le Tout-Paris devient une sorte de club avec ses propres références. En 1901 paraît un Annuaire du Tout Paris comptant Marcel Proust parmi ses fidèles lecteurs. Créé en 1903, le Bottin mondain ne présentait à l'origine que des personnalités parisiennes. Le Tout-Paris s'identifie à des lieux (Maxim's, le Bois de Boulogne, Deauville, etc. ), définit des tendances, consacre un artiste ou un écrivain, fait et défait la réputation d'un homme politique.

À partir des années 1950, le Tout-Paris est incarné en partie par des personnalités liées aux sorties nocturnes, comme Régine, qui créera plusieurs discothèques accueillant les célébrités de l'époque, parmi lesquelles Françoise Sagan, Jean-Claude Brialy, Françoise Giroud, Yves Saint-Laurent, etc.

Le Tout-Paris actuellement

L'expression, quelquefois déclinée (le «tout-Paris littéraire», le «tout-Paris politique», etc. ), a perdu de son sens original et sert à désigner désormais plus largementles personnalités artistiques, sportives, médiatiques ou politiques que suit la «presse people» dans les concerts, les galas, les avant-premières, les vernissages et les discothèques de la capitale. Mondialisation oblige, elle tend de plus en plus à se confondre avec la «jet set».

Notes et références

  1. Boileau, Satire IX s : Satire IX (Boileau) sur Wikisource
  2. Anne Martin-Fugier, La vie élégante ou la formation du Tout-Paris, 1815-1848, Fayard, 1990
  3. Charles Baudelaire, L'Art romantique (posthume), 1869 Édition électronique sur Gallica

Bibliographie

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